Les dirigeants politiques ont-ils atteint leur seuil de compétences ?

Publié le 26/6/2012 // Le pouvoir politique noyé dans un système mondialisé et une époque aux enjeux interconnectés, a du mal à trouver les moyens d’agir et d’influer sur le cours des choses, tout en restant persuadé qu’il en a l’autorité.

Faute de croissance, seul carburant connu du système, nous créons toujours plus de dettes, carburant fictif de substitution. Autrement dit, le seul avenir dont nous devrions être solidaires est un avenir sous perfusion financière de sauvetage permanent, sans projet, sans perspective ni horizon. Quid des grands programmes de développement ? du projet européen ? (l’adhésion se construit sur le rejet davantage que sur le projet), du droit du travail pour éviter le dumping social, de la stratégie énergétique à 50 ans ? Le sommet de Copenhague de 2009 avait été considéré comme un échec, celui de Rio 2012 n’a même pas eu droit à cette qualification, il est tout simplement passé inaperçu, un non-sommet comme un non-événement.

Les Etats sont en faillite, le pouvoir politique aussi, en faillite de solutions, et donc de crédibilité et de légitimité, non pas démocratique mais de compétences. On parle parfois de concentration de « tous les pouvoirs », mais lesquels ? Celui par décret d’ordonner au vent de la mondialisation de souffler moins fort ? celui incantatoire de souhaiter le ralentissement du réchauffement climatique ? celui d’une dépense non financée pour augmenter le Smic et redonner du pouvoir d’achat ? Personne n’a pas le pouvoir de créer du seul fait d’être nommé au comité de direction. Les pouvoirs sont aujourd’hui partagés, ils sont multiples, hybrides, confluents, dispersés, dictés par la justesse de l’analyse ou de l’exemplarité et non plus par le statut de l’émetteur. Le pouvoir politique doit être un animateur des pouvoirs, les faire converger, résonner, il doit diriger pour indiquer une direction, et non pas diriger pour diligenter. Il doit accepter les autres pouvoirs s’il souhaite en reprendre davantage.

Jamais comme aujourd’hui nos destins n’ont été aussi liés, interdépendants. Et pourtant, qu’il est difficile de sortir de son pré carré, de l’aire définie par son périmètre démocratique national. Lorsqu’il s’agit d’influencer les gestions et politiques publiques et budgétaires d’autres Etats, vous êtes rapidement critiqué pour ingérence, lorsqu’il est raisonnable de se résoudre à suivre des règles communes, vous êtes accusé de subordination fédéraliste mettant en cause la sacro sainte souveraineté nationale.

Mais lorsque les contribuables européens doivent financer les errements budgétaires d’Etats qui ne sont pas les leurs, lorsque l’intervention armée d’un Etat ou d’un groupe d’Etats engendre des représailles terroristes aveugles ici où là, lorsque nous mourrons ici de ce qui est pollué là-bas, lorsque des emplois sont perdus chez nous du fait d’un dumping social et fiscal ailleurs, nous comprenons bien qu’on ne peut à la fois revendiquer une souveraineté nationale et se laisser impacter sans réagir par les agissements, comportements ou inactions des autres. 

Nos représentants politiques sont des élus nationaux, légitimes sur leurs territoires démocratiques respectifs. Mais ils ont également un mandat international, certes non démocratiquement acquis, mais implicite. On parle souvent de la stature d’un « homme d’Etat » pour qualifier l’autorité d’une personnalité politique. Ces hommes d’Etat doivent devenir des leaders mondiaux. Leur mandat international relève de la responsabilité qu’ils ont à participer à une gouvernance mondiale profitable à tous.

Nous souffrons aujourd’hui d’anarchie politique (absence de projet et de chef), au niveau mondial, et bien sur particulièrement au niveau européen. L’anarchie est souvent considérée socialement, pour évoquer désordre, absence de règle, d’autorité reconnue, laissant place au communautarisme et à l’individualisme forcené. L’anarchie est alors souvent une forme d’antichambre de la rébellion et de la guerre civile. Nous vivons aujourd’hui, et nous en souffrons, une situation d’anarchie politique, une anarchie mondaine et courtoise dissimulée derrière les vitrines des sommets internationaux. En l’absence de cette gouvernance politique, l’anarchie dont nous avons conscience est considérée comme du seul fait des marchés, et notamment de ces fameux marchés financiers. Mais charité bien ordonnée commence par soi-même, l’anarchie politique est la mère de toutes les anarchies, le déficit de projet collectif est l’engrais du repli sur soi. Ce déficit de vision politique se traduit par une politique de collections par catalogues de mesures spontanées et opportunistes, immédiatement qualifiées de mesurettes, rejetées avant même toute analyse et qualifiant ses rares adeptes de naïfs, d’hypocrites ou de démagogues. Un catalogue de mesures ne fait pas un projet, c’est le projet qui dicte une panoplie de mesures, confluentes, cohérentes et mutuellement profitables, pour rentrer en résonance stratégique. 

Notre époque est celle des enjeux et effets corrélés, interdépendants, qu’ils soient climatiques, énergétiques, sociaux, militaires, médiatiques, et même artistiques … étant de plus en plus liés, nos destins le sont également. Nous dépendons les uns des autres, et au lieu continuellement de voir cela comme une contrainte, une faiblesse ou une blessure d’orgueil, nous avons tout intérêt à en faire une force, un levier, les synergies peuvent être puissantes, les approches symbiotiques salvatrices. Cette interdépendance est valable à tous les niveaux, à commencer par les niveaux de proximité, à l’échelle d’un territoire ou d’un pays. Entre les entreprises et les pouvoirs publics, entre l’enseignement et le monde du travail, entre le privé et le public, il faut cesser l’opposition systématique et dogmatique qui fait que chacun se considère comme garant du bien commun, le détenteur de la solution, le sachant. L’intelligence doit être collective. Nous sommes liés, c’est la nouvelle donne du siècle, c’est ce qui créera notre perte ou notre renouveau. C’est une nouvelle donne économique (c’est une évidence mais nous souhaiterions nous en abstraire), écologique (nous le savons mais nous l’ignorons), mais également politique (nous le refusons, et simultanément en critiquons l’absence).

Le monde s’est construit autour de territoires, de peuples et de nations, il doit se poursuivre en tant qu’humanité face à son destin de survie. Inutile de dire qu’il y a du chemin à parcourir, pourvu que ce chemin ne soit pas celui de l’exode fuyant les terres brulées.

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